Thérèse, la belle sauvage
La belle et la blette
10 juin 2026
Marie Remande
Pas facile d’attraper Thérèse Richard entre deux arrosages, un désherbage de rang d’aromatiques, un glanage d’herbes sauvages et l’échange d’une recette de baies marinées avec une autre adhérente de la Belle et la Blette. C’est lors d’un déjeuner partagé dehors dans le verger des Îles noires, que je réussis enfin à prendre le temps d’échanger. Le regard bleu gris de cette septuagénaire s’échappe pourtant derrière un flot de paroles qui se déverse comme une cueillette de graines dans un seau, cueillette qu’elle pratique depuis l’enfance.
Élevée par les jardiniers, dans l’odeur des plantes
Il suffit cependant de les accueillir ses mots qui coulent tout seuls. Ils disent l’enfance à la campagne entre Mazangé et le Gué-du-Loir près de Vendôme, dans l’immense jardin et les champs autour de la maison troglodytique, construite par son père où elle cavalait, libre, avec sa ribambelle de frères et sœurs. « Jusqu’à l’âge de 10 ans, j’ai été élevée par les jardiniers qui travaillaient à la maison. » Sa mère, pharmacienne sans diplôme, « mais très pro » créait des médicaments à base de plantes pour son père, médecin, et pour d’autres confrères. « J’ai beaucoup vécu dans ces odeurs de plantes. Pour nous la nature était le facteur d’apaisement. »
Des jardiniers, de toute sa famille et des pratiques de sa mère, elle apprend sensitivement les plantes, avant de partir en pension à Tours, puis après une tentative d’études de médecine, de finalement choisir la filière de l’enseignement, qui l’emmène dans plusieurs régions de France dont la Région parisienne. « À Paris, nous créions des jardins dans les écoles où j’enseignais en maternelle, ou avec des enfants en difficulté, toujours dans l’inspiration Freinet. On a même fabriqué un potager à la porte Dorée, en limite du Bois de Vincennes. » Le goût de cultiver et de transmettre était déjà là.
Elle poursuit ensuite dans le Gard, où elle déménage et se forme avec le CIVAM de Florac aux plantes sauvages mais aussi à la comptabilité et à la sécurité. Elle construit un projet intitulé « La glaneuse et compagnie » en auto-entreprise avec un groupe de femmes agricultrices, puis sur un mode associatif, un second appelé « Les Glaneur’euses ». Pas vraiment de retraite pour cette travailleuse investie, qui ne cesse d’inventer, de créer, de s’intéresser à tout ce qui touche à la nature, aux plantes mais aussi aux collectifs d’humains.

Un havre de paix
Lorsqu’elle revient finalement en Touraine, en août 2023, après cinquante ans vécus ailleurs, et qu’elle cherche des réseaux où elle peut s’engager, elle rencontre alors des représentants de la Belle et la Blette au marché Convergences Bio. « Le côté humoristique du nom m’a attirée, la rencontre avec des adhérents convaincus a fait le reste. » L’association, située près de chez elle et de la Loire, à La Riche, rejoint par ses activités tout ce qu’elle a fait jusqu’alors.
« Ce que j’aime ici, c’est la belle cohérence du projet, à la fois végétal, climatique et relationnel. L’ambiance permet de la créativité collective ; la réflexion collégiale me paraît très intéressante ainsi que l’aspect intergénérationnel. Et depuis deux ans, je continue toujours d’apprendre ! », raconte-t-elle tout en arrosant des plants de tomates, les yeux pétillants, plissés de quelques rides qui redessinent sa peau brune tannée par le soleil.
Cette femme très active depuis dans plusieurs autres associations locales (La Gabare, monnaie locale et Solaris) est fière de pouvoir réinvestir ses expériences dans les projets agro-culturels de la Belle et la Blette. « Ce que j’aimerais ici c’est développer le projet de la Belle sauvage, (un sous-groupe qu’elle a cocréé avec d’autre adhérents pour planter, expérimenter, glaner… en complémentarité avec les missions de l’association). Je suis heureuse d’avoir rapidement trouvé ce collectif. C’est un havre de paix par rapport à ce que je vis à la maison », explique-t-elle pudique.
J’aimerais continuer à questionner Thérèse sur son parcours semé de haies et de ravines, mais aussi de coquelicots et d’églantines, mais elle est déjà repartie à la vaisselle, à moins qu’elle ne soit allée désherber les framboisiers. Imprévisible et un peu sauvage comme les herbes qu’elle connaît si bien.
Marie Remande – 19 mai 2026




